La notion de self défense est difficile à appréhender tant sur un plan légal que technique. Suite aux
nombreuses questions qui me sont parvenues, je me propose d'apporter quelques éléments de réponse et de préciser ma vision de la self-défense.
Constat:
Lors d'une agression le rythme cardiaque s'élève rapidement rendant difficile voire impossible l'application de schémas moteurs trop complexes (enchaînement
de techniques).
Ce phénomène est d'autant plus pernicieux et dangereux que l'agression revêt un caractère imprévisible .
OBJECTIF : Gérer
l'INCERTITUDE
Axes de
travail
1 : ÉVITER, DÉSAMORCER UNE SITUATION POTENTIELLEMENT DANGEREUSE
2 : NE PAS SUBIR
3 : RESTER DANS LE RESPECT DES LOIS
4 : FUIR
ÉVITER, DÉSAMORCER UNE SITUATION POTENTIELLEMENT DANGEREUSE
1:Exercer sa vigilance
Nous abordons ici la notion de degré de vigilance qui se travaille au quotidien. Cela consiste à aiguiser ses
sens (observer une situation, la position d'un personne, son attitude...), écouter son instinct (nous nous sommes tous dit au moins une fois «je ne le sens
pas!»), prendre des repères (où me placer dans le métro, à quel moment monter ou descendre du RER , où est la sortie la plus proche de la pièce...) pour éviter de se
retrouver dans une situation incertaine et potentiellement dangereuse
J'ai coutume de me référer à un système de couleur qui définit 5 états de vigilance

(livre Protegor Ed Amphora)
Le niveau correspond dans l'absolu, à notre état tel qu’il devrait être au quotidien: conscient de son environnement, détendu mais attentif
Plus vous descendez dans la pyramide, plus l'état se fait stressant, provoquant une élévation du rythme
cardiaque et l'apparition de la vision tunnel, tout s'embrouille les décisions sont de plus en plus difficiles à prendre
La concentration est maximale et il va falloir prendre une décision; le passage à l'action est iminent
La pire situation ! Vous avez été surpris (accident, agression …) la peur salvatrice a fait place à la panique ou à la frayeur inhibitrice. Blocage psychologique et émotionnel
2: Tenter de désamorcer la situation conflictuelle.
Parfois l'attitude, le regard, la prestance, la parole suffisent pour calmer, et faire redescendre la pression.
3: Conserver une distance de sécurité/ à autrui.
Plus la personne est proche moins vous avez de temps pour réagir. Gérer l'incertitude passe par l’instauration
d’une distance de sécurité entre vous et votre interlocuteur, même dans les situations les plus anodines (un inconnu s’approche pour vous demander un
renseignement). On rejoint ici d'une certaine manière les notions Go no sen, Taï no sen ,
Sen no sen
N’oublions pas que l’agresseur cherche à réduire cette distance par la ruse (demande de
renseignements, dialogue, menace verbale) et à trouver un bon angle d’attaque.
4: Adopter une posture de garde informelle.
Informelle car l'agresseur potentiel ne doit pas être en mesure de prendre d'informations sur vous (ex: pourquoi se mettre en garde de
combat et l'informer que nous pratiquons un art martial ou un sport de combat?!)
NE PAS SUBIR
1: De quel agresseur parlons-nous?
Le Quidam
Individu lambda, non violent a priori mais le ton monte et le coup part. Il n'y a pas eu de préparation et même dans l'action,
la parole peut encore s'avérer utile. Il est encore en mesure de faire preuve d'empathie et de se contrôler.
1.2 L’ Impulsif
Sans préparation mais imprévisible, il ne se contrôle pas et est très dangereux.
Le Prédateur
Organisé, il a un objectif précis, repère sa victime, attend le moment propice et choisit
son terrain. Dangereux car désireux d'atteindre son but, il peut aussi se trouver déconcerté face à la réaction inattendue de sa proie.
Là encore l'incertitude doit être de son côté!
2: S'entraîner
En situation de stress intense, les enchaînements
complexes de techniques ne sont pas réalisables du fait de la modification des capacités intellectuelles (on hésite, on panique, difficulté à prendre une
décision…) et physiques (accélération du rythme cardiaque, vision tunnel, augmentation du temps de réaction…) ».
En conséquences :
◊ les techniques doivent répondre à un principe d’action simple
◊ la réaction technique doit être explosive, puissante
◊ l’entraînement doit nous amener à pratiquer:
en terrains variés (parking,
forêt, escalier…) et non toujours dans un dojo.
en habits « civils »
et non pieds nus en judogi
sur des adversaires armés ou
non, seuls ou à plusieurs
toutes les distances de
combat
Pour les pratiquants confirmés, vos connaissances sont un atout non négligeable mais il faut prendre conscience que la défense
personnelle nécessite une adaptation de votre pratique ! plus de repères spatiaux (dojo, surface de combat, ring, tatami…) plus de repères temporels (salut, gong) plus de règles (arbitre,
code sportif, coups interdits…)
◊ Il faut se rapprocher d’une situation de stress importante ( armure de self- défense, attaque surprise, bruits stressants, couteau
d’entrainement…)
◊ Il faut apprendre à utiliser son environnement et s’adapter (objets à disposition : parapluie, journaux, ceinture, sac,
blouson, chaise, orientation / au soleil…)
◊ Se réapproprier l’environnement proche après l’action de défense est nécessaire avant la fuite
◊ Il me semble important de cibler, la Motricité, la Respiration, la
Vision, la Main armée de l’agresseur
PREVENTION
ADAPTATION
REACTION
FUITE
La self défense doit intégrer la « bibliothèque
personnelle » de chacun ; j’entends par là l’expérience martiale éventuelle mais aussi le vécu psychologique (agressions vécues, tempérament…).
Elle répond à des objectifs d’efficacité immédiate et
l’entraînement permet d’étoffer et d’améliorer son potentiel défensif (sensations, gestion du stress, enchaînements techniques…)
Il n’y a pas une seule et unique méthode de défense personnelle ;
chacun doit développer SA méthode de défense ; celle qui lui correspond et lui convient dans le respect des principes de bases déjà énoncés.
RESTER DANS LE RESPECT DES LOIS
Nous abordons ici un chapitre important et délicat! A quel moment passer à l'action?
Quand la fuite a été impossible!!
Quand l'agresseur passe à l'offensive?
Quand je sens qu'il va passer à l'action ?
Tout d’abord, de quelles lois parlons-nous ?
La légitime défense est prévue à l'article 122-5/ 122-6.
L’article 122-5 du Code pénal dispose : « N’est pas pénalement responsable la personne qui, devant
une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d’elle-même ou d’autrui, sauf s’il y a disproportion
entre les moyens de défense employés et la gravité de l’atteinte ».
Si la légitime défense est retenue par le Juge, l’infraction ne sera pas
punie.
Il faudra donc prouver que le geste a été posé dans un cadre justifié par une défense légitime et
prouver ses affirmations…
L’agression contre soi-même ou autrui doit être
:
actuelle : le danger est
imminent ;
illégale : l'agression est
interdite – riposter aux forces de polices pendant une manifestation par exemple ne peut être considéré comme de la légitime défense ;
réelle : l'agression
ne doit pas être putative (présumée).
Parallèlement, la défense doit être :
nécessaire : il n'y a aucun
autre moyen de se soustraire au danger ;
concomitante : la réaction doit
être immédiate, par exemple : on ne doit pas agir par vengeance ou dans le but de stopper l'agresseur en fuite ;
proportionnée à l'agression : il
ne doit pas y avoir d'excès dans la riposte.
Je ne reviens pas sur ces différents éléments qui sont bien connus mais je vais insister sur : l’agression doit être réelle et non putative car c’est bien là que le problème se pose !
La défense personnelle a pour objectif d’arrêter la menace au plus tôt, de désamorcer une situation conflictuelle avant qu’elle ne
provoque de blessures.
Observation, intuition, évitement, détection, négociation, distance, fuite, combat…n’ont pour seul objectif que nous extraire le plus
vite possible de cette menace et non de l’augmenter.
Questions :
Comment ne pas être blessé et ne pas subir, en sachant que
chacun doit répondre de la pertinence de ses choix et actes ?
Le cadre pénal est applicable aux deux protagonistes de manière équivalente. La preuve de l’agression est à apporter le plus souvent
par la victime.
Peut-on déceler l’imminence de l’attaque pour avoir une réponse
simultanée ?
C’est très difficile, d’où l’importance du travail en amont ; observer, conserver une distance de sécurité.
Dans le cas d’un prédateur ; il attendra le moment propice pour vous surprendre
Si, intimement persuadé que l’attaque est imminente, je réagis le premier ne
suis-je pas alors pour l’observateur présent devenu l’agresseur ?
C’est bien là le problème ! Dans l’absolu il faudrait laisser passer, esquiver le premier geste agressif ou avoir été
touché pour pouvoir réagir ; là encore on s’expose à l’appréciation du juge quant à la riposte proportionnelle ou non
La question fondamentale à mon sens est tout autre.
Qui est capable, sans faire partie des forces de l’ordre et/ ou de sécurité, sans être
régulièrement confronté à la violence de déceler les signes avant-coureurs de celle-ci ?
◊ Prévenir, éviter, calmer la violence, partir au moment où l’on peut encore s’y soustraire, ne pas se retrouver contraint de subir le
déferlement de violence n’est pas à la portée de tout le monde et demande beaucoup d’expérience et d’entraînement pour décoder les clés du passage à l’acte.
(regardez les vidéos d’agression ! Internet malheureusement en présente une multitude, observez les distances,
remarquez la préparation des prédateurs dans la rame de métro…essayez de percevoir les codes de l’agresseur …et ressentez, alors que vous n’êtes pas concerné et tranquillement assis devant
votre écran, le malaise qui monte en vous et votre rythme cardiaque qui s’accélère !)
◊ Surpris (niveau de vigilance noir) ou ayant laissé passer l’instant propice pour fuir, la réaction risque d’être
émotionnelle.
Insuffisante, la victime subit et risque de graves préjudices physiques ou de provoquer une surenchère de violence (donc ne pas être
magnanime)
Excessive, elle nous fait sortir du cadre de la loi.
A mon sens l’utilisation de la force, doit intervenir lorsque le travail en amont a été inefficace (détecter, désamorcer,
fuir…)
◊ Elle est le
dernier recours et doit aussi apparaître comme tel pour un observateur.
◊ Elle doit être
suffisante pour éviter une surenchère
◊Réagir avec détermination avant
le premier coup adverse prend son sens car on ne sait jamais jusqu’où l’agresseur peut aller dans l’escalade de la violence (utilisation d’une arme)
Ne suis-je pas plus exposé au regard de la justice en tant que pratiquant d’un
sport de combat ou d’arts-martiaux ?
La personne agressée ne doit pas avoir d’autre moyen d’éviter l’agression que de commettre une infraction en faisant usage de
son art... martial !
Un juge sera toujours plus exigeant avec un pratiquant aguerri. Dans l’action, l’esprit du combattant, forgé au dojo, doit être
d’autant plus clair qu’il est avancé dans son apprentissage (gradé).
EVITER L’AFFRONTEMENT / FUIR
C’est l’objectif que l’on doit se fixer
Cela peut vous semblez difficile; laisser sous silence son ego, ne pas réagir à la provocation, se taire plutôt que répondre…
L’agresseur n’a pas vos valeurs, il n’y a pas de honte ou de déshonneur à ne pas s’abaisser à son niveau et il ne mérite jamais les
risques que vous allez prendre !
La bonne self-défense est celle qui permet de conserver son intégrité physique et de retrouver les êtres aimés.
« Ni maître, ni esclave »
« Si vis pacem, para bellum » (Publius Flavius vegetius renatus)
Pour conclure je répondrais à une remarque qui m’est souvent faite.
« Cette approche de la self-défense confère à la paranoïa! »
Tout est question d’équilibre, il vous faut trouver un juste milieu entre votre désir de sérénité et celui de vivre en
sécurité.
Quel est statistiquement le risque de vous faire agresser ? Je l’ignore, tout dépend de votre mode de vie, de votre métier, des
lieux que vous fréquentez …
mais
Combien d’entre vous ont décidé de passer le PSC1 (pas assez) ?
Combien êtes-vous à jouer au
loto ?
« AU CAS OU, ON NE SAIT JAMAIS ! »
Je vous invite maintenant à regarder la vidéo suivante.
je ne peux en effacer le titre qui n'est pas de mon fait mais examiner bien au regard de ce que vous venez de lire, la préparation des agresseurs et le comportement des pauvres victimes.